Lors du référendum du 29 mai 2005, au terme d’un débat démocratique comme jamais la France n’en avait connu de tel à propos de la construction européenne, le projet de traité
constitutionnel avait été rejeté par 55 % des voix.
Le Congrès du Parlement réuni, le 5 février 2008, à Versailles, a adopté, sans réelle surprise, la révision constitutionnelle préalable à la ratification parlementaire du traité de
Lisbonne. La majorité des trois cinquièmes requise, fixée à 445 voix pour 741 suffrages exprimés (893 parlementaires ont participé au vote), a été atteinte, avec 560 voix pour. 152 parlementaires
se sont abstenus, tandis que 181 ont voté contre le projet, un nombre insuffisant pour atteindre la minorité de blocage des deux cinquièmes, qui aurait contraint le chef de l’État à opter pour le
référendum sur la révision constitutionnelle et le traité européen.
L’UMP, les centristes et les radicaux ont voté pour, conformément à la demande du premier ministre. François Fillon a présenté le traité comme respectueux du « non » de
2005. Il a prétendu qu’il ne se place plus au-dessus du droit français, à la différence de l’ex-projet de constitution européenne, qu’il respecte les services publics des États, et que ceux-ci
conserveront la maîtrise de leur politique sociale. Des affirmations contredites par le texte du traité, copie presque conforme de l’ancien.
La gauche s’est divisée, comme le laissait prévoir la position du Parti socialiste, prônant l’abstention. Une consigne suivie majoritairement, mais désavouée par 121 élus
socialistes sur 300 qui ont voté contre. Ceux-là ont suivi leurs collègues communistes, qui se sont fait les porte-parole des opposants au déni de démocratie. Les socialistes du « non »
étaient en effet privés de parole dans l’Hémicycle du château de Versailles, puisque seuls les orateurs officiels des groupes politiques avaient le droit de s’exprimer durant cinq minutes pour
expliquer leur vote.
Alors que la cote de popularité de Nicolas Sarkozy s’étiole sur fond de promesses non tenues en matière de pouvoir d’achat, de franchises médicales qui freinent l’accès aux soins
pour les plus pauvres, de cadeaux fiscaux pour les plus riches, la direction du Parti socialiste a été incapable de fonder une position commune sur le respect de la souveraineté populaire, faute
de pouvoir trancher un débat qui traverse le PS depuis la campagne de 2005. Elle présente ainsi une image peu conforme à celle qu’attend le peuple de gauche d’un parti d’opposition à Nicolas
Sarkozy.
Cette façon de bâillonner la démocratie en privant de parole le peuple ne présage rien de bon pour l’Europe de demain.